Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Publié le par angeline351

Elections européennes 2019 : quels candidats ? quelles stratégies ?

Le 26 mai 2019, les élections européennes auront lieu en France. Changement majeur par rapport à 2014 : le scrutin par circonscription a été remplacé par une liste nationale unique composée de 79 candidats - un chiffre égal au nombre de députés français qui seront normalement présents au Parlement européen l'année prochaine. Chaque parti doit ainsi désigner une tête de liste qui le représentera pendant la campagne. Si certains ont déjà fait leur choix, le flou persiste néanmoins pour la plupart des autres formations politiques. Beaucoup sont en effet divisés sur la ligne directrice à adopter et les alliances à contracter.

Têtes de liste : où en est-on ?

Plusieurs partis ont confirmé qu'ils présenteront leur propre liste et ont déjà nommé leur tête de liste :

La France insoumise a choisi l'ancienne porte-parole d'Oxfam-France Manon Aubry pour être tête de liste. Le mouvement est le seul à avoir déjà diffusé sa liste complète.
Yannick Jadot prendra la tête de la liste Europe Écologie-Les Verts (EELV).
Jean-Christophe Lagarde mènera la liste de l'Union des démocrates indépendants (UDI).
Jean Lassalle mènera la liste de son parti "Résistons !".
Côté Frexit, Florian Philippot mènera la liste Les Patriotes et François Asselineau celle de l'Union populaire républicaine (UPR).
Nicolas Dupont-Aignan mènera la liste de Debout la France.
Des personnalités sont pressenties au Rassemblement national et chez Les Républicains :

Le philosophe conservateur François-Xavier Bellamy semble convaincre Laurent Wauquiez pour mener la liste des Républicains.
Marine Le Pen a choisi Jordan Bardella (23 ans), porte-parole du Rassemblement national. La confirmation est prévue mi-janvier.
D'autres partis n'ont pas encore choisi :

Du côté de La République en marche (LaREM), plusieurs noms circulent mais le parti attendrait avril pour lancer sa campagne.
Une alliance à gauche ?
Benoît Hamon (Génération.s) a annoncé qu'il serait à la tête d'une "alliance citoyenne", mais cherche à rassembler la gauche derrière lui.
Dans l'incertitude de potentielles alliances, le Parti communiste a de son côté nommé Ian Brossat, adjoint à la Mairie de Paris, comme "chef de file".
Le Parti socialiste cherche aussi à rassembler la gauche autour de lui. Ségolène Royal a ainsi proposé aux Verts de former une liste commune, et de laquelle elle serait numéro 2. Une option rapidement rejetée par les écologistes.
(Les partis sont présentés selon leur position dans le sondage Ifop réalisé entre le 8 et le 10 décembre 2018 réalisé sur un échantillon représentatif de 938 électeurs).

Rassemblement national : l'Europe des nations

De gauche à droite : Gilbert Collard, Jordan Bardella et Nicolas Bay - Crédits : Profil Facebook officiel ; Wikipedia


"Grand vainqueur" des dernières élections européennes de 2014, où il avait récolté 24,4% des voix, le Front national – désormais Rassemblement national (RN) – accumule actuellement 24% des intentions de vote (+4 points par rapport à octobre) si les élections avaient lieu aujourd'hui, loin devant la République en Marche créditée de 18% des voix.

Actuellement détenteur de 24 sièges au Parlement européen (sur les 74 attribués à la France en 2014), le parti a lancé sa campagne pour les européennes le 16 septembre à Fréjus. A l'occasion de sa rentrée politique, Marine Le Pen a mis l'immigration au cœur de son discours et revendiqué sa proximité avec le Premier ministre hongrois Viktor Orban pour s'inscrire dans le clivage "nationalistes" contre "progressistes" que souhaite également installer Emmanuel Macron.

Le RN cherche en effet à s'allier aux autres partis d'extrême droite ou de droite radicale, pour certains déjà au pouvoir en Hongrie, en Italie ou encore en Autriche, dans le but de former une alliance transnationale. Ses membres se définissent comme "euro-combatifs" et revendiquent une "Europe des nations", mais n'ont pas encore présenté de programme précis. C'est notamment l'une des raisons affichées par Nicolas Dupont-Aignan pour refuser la proposition de liste commune lancée par Marine Le Pen.

Alors que les noms des députés Gilbert Collard et Louis Aliot, et du député européen sortant Nicolas Bay revenaient fréquemment pour mener la liste, Marine Le Pen a déclaré au Figaro qu'elle avait  "personnellement fait (son) choix". Le 17 décembre, France Inter révèle que Jordan Bardella (23 ans) est pressenti pour être nommé tête de liste. Adhérent au parti depuis ses 16 ans, il en est porte-parole en plus d'être conseiller régional d'Ile-de-France. Il "coche aussi la case européenne" selon France Inter, puisque "sa famille maternelle est d'origine italienne". Un atout pour le RN qui assume sa proximité avec la Ligue italienne, menée par le sulfureux ministre de l'Intérieur Matteo Salvini. En position non-éligible, Marine Le Pen devrait néanmoins porter la campagne.

Englué dans des affaires juridiques et financières, le RN demeure pour l'instant relativement silencieux - ce qui ne le pénalise pas dans les sondages, au contraire. Le parti a gagné 4 points depuis octobre 2018 dans le sondage mené mensuellement par l'Ifop, et attend 2019 pour débuter sa campagne.

La République en Marche : la stratégie du rassemblement

De gauche à droite : Christophe Castaner, Edouard Philippe et Alain Juppé - Crédits : Profil Facebook Officiel


Selon un sondage Ifop réalisé entre le 8 et le 10 décembre 2018, la République en Marche (LaREM) se placerait en seconde position derrière le Rassemblement national avec 18% des voix si les élections avaient lieu aujourd'hui. Il est ainsi en chute de deux points par rapport au sondage d'octobre. Sorti largement majoritaire des élections législatives de 2017 avec le Modem pour allié, le parti ne compte cependant qu'un seul député estampillé LaREM au Parlement européen : Jean Arthuis (qui siège chez les libéraux).

Sans alliance historique à l'échelle européenne, LaREM cherche à "faire éclater les deux principales formations à Bruxelles", le Parti populaire européen (PPE) et les sociaux-démocrates (S&D), afin de se constituer en un large bloc central qui rassemble au-delà de la majorité avec des députés issus à la fois de la droite, de la gauche et du centre tout en laissant la porte ouverte à la société civile. Le député des Français à l'étranger, Pieyre-Alexandre Anglade, cherche à nouer des alliances en Europe (notamment avec le parti espagnol de centre-droit Ciudadanos et les pays de l'Est). Christophe Castaner, alors président de LaREM, a publié en septembre une tribune avec l'ancien président du Conseil italien Matteo Renzi, l'Espagnol Albert Rivera (Ciudadanos) et le Belge Guy Verhofstadt sur leur vision commune de l'avenir de l'UE. Ce dernier préside l'actuel groupe centriste libéral qui existe au Parlement européen (ADLE). Suite à la main tendue de Guy Verhofstadt en septembre, LaREM a fait savoir début novembre, lors du congrès de l'ADLE à Madrid, qu'elle le rallierait dans l'optique de créer un groupe plus large au sein du Parlement européen.

Pour mener à bien les ambitions de LaREM, Emmanuel Macron cherche à renforcer le clivage entre ceux qu'il qualifie de "progressistes", qu'il veut rassembler autour de sa ligne pro-européenne, et les "nationalistes" notamment incarnés par le ministre de l'Intérieur italien Matteo Salvini, le Premier ministre hongrois Viktor Orban et en France par Marine Le Pen. Sans abandonner cette stratégie mais face au contexte politique explosif des gilets jaunes et à la chute du parti dans les sondages (il était jusque-là donné gagnant), celui-ci devrait réorienter sa campagne vers des thématiques "sociales" et la lutte contre l'évasion fiscale. Les macronistes cherchent aussi à démontrer la pertinence de l'échelle européenne pour le traitement de préoccupations quotidiennes des citoyens.

En parallèle, le parti se cherche une tête de liste pour mener la campagne française. Et ce n'est pas une tâche facile... Plusieurs personnalités ont déjà refusé le poste : l'ancien eurodéputé écologiste Daniel Cohn-Bendit, proche d'Emmanuel Macron, a refusé début octobre de même que François Bayrou et l'ancien ministre et actuel patron de WWF, Pascal Canfin. Qui alors ? L'actuel directeur de la campagne, Stéphane Séjourné, le conseiller Europe du président Clément Beaune ou la secrétaire d'État à l'égalité hommes-femmes Marlène Schiappa ? Alain Juppé serait par ailleurs bien positionné, malgré un premier refus de sa part.

Le parti a lancé un appel à candidatures pour composer la liste. Deux jours avant la date de clôture des candidatures fixée au 15 novembre, le parti a fait "un appel aux femmes" constatant que seules 24% des candidatures reçues étaient féminines, déplaçant la date de clôture au 19 novembre. Le lancement de la campagne du parti, qui devait avoir lieu dès le début de l'année, est finalement repoussé au printemps.

Les Républicains : l'Europe, combien de divisions ?

De gauche à droite : Michel Barnier, Damien Abad et François-Xavier Bellamy - Crédits : Profil Facebook officiel | Fred MARVAUX / Parlement européen | Wikipédia


Le même sondage Ifop évalue à présent à 11% (-3 points depuis octobre) les intentions de vote en faveur des Républicains, alors que le parti fait face à de profondes divergences internes. Elus sous l'ancienne appellation de l'UMP, Les Républicains comptent actuellement 16 députés au Parlement européen, contre 20 en 2014 en raison de 4 départs du parti.

Laurent Wauquiez, président des Républicains, se retrouve chef d'une droite divisée sur son orientation européenne. Entre ce qu'il reste de l'alliance centriste (pro-européenne) et sa propre ligne eurocritique, le parti doit d'abord définir la ligne qu'il souhaite défendre avant de désigner sa tête de liste. Ce qui s'apparente à un véritable casse-tête : si Valérie Pécresse souhaite conserver et consolider l'Europe des 28, Laurent Wauquiez défend quant à lui dans son livre "Europe : il faut tout changer", le renforcement de l'intégration européenne pour un premier cercle de douze pays auquel serait limité l'espace Schengen. De leur côté, Julien Aubert (député du Vaucluse) et Bruno Retailleau (président du groupe LR au Sénat) revendiquent une ligne beaucoup plus souverainiste.

En l'absence de consignes de vote de la part du parti, la délégation LR au Parlement européen s'est d'ailleurs fracturée sur l'activation de l'article 7 à l'égard de la Hongrie pour les violations répétées à l'encontre de l'État de droit de son gouvernement : les uns votant pour (à l'instar de la quasi-totalité de la gauche et du centre), les autres contre (comme les groupes d'extrême droite) et certains s'abstenant.

Quelle tête de la liste pour surmonter ces divisions internes ? Le vice-président de LR et ancien ministre Jean Leonetti, grand favori pendant plusieurs mois, a finalement annoncé qu'il ne serait pas candidat au nom du "renouvellement". Parmi les autres candidats pressentis pour mener la liste, le nom du philosophe conservateur et figure de la Manif pour tous François-Xavier Bellamy semble être le choix de Laurent Wauquiez mais pourrait ne pas convaincre les plus centristes. Également cité, Damien Abad, conseiller départemental de l'Ain et ancien eurodéputé de 2009 à 2012. Nadine Morano a exprimé son souhait de se porter candidate, mais ne semble pas convaincre en interne.

Invité par Laurent Wauquiez à être tête de liste LR, le négociateur de l'UE pour le Brexit Michel Barnier a finalement renoncé à cette candidature. Certains observateurs considèrent que sa véritable ambition est d'accéder à la présidence de la Commission européenne, mais il a pour le moment demandé un "délai de réflexion".

L'annonce de la tête de liste LR est prévue pour début 2019.

La France insoumise : la souveraineté populaire

De gauche à droite : Younous Omarjee, Manon Aubry et Manuel Bompard - Crédits : Parlement européen, 2018 | La France insoumise | Profil Facebook Officiel


Le parti de Jean-Luc Mélenchon obtiendrait aujourd'hui 9% des voix, soit 2 points de moins qu'en octobre. Fondé en 2016, il regroupe plusieurs personnalités issues du Front de gauche, dont Jean-Luc Mélenchon ou Younous Omarjee, eurodéputé sortant. Seul ce dernier est actuellement estampillé France insoumise au Parlement européen.

En 2017, la France insoumise (LFI) défendait pour la présidentielle une remise en question et une refondation des traités européens, jugés incompatibles avec le programme du parti et dont elle proposait la renégociation (plan A). En cas d'échec, elle appelait à une sortie de la France de l'Union européenne afin de proposer d'autres coopérations (plan B). LFI a précisé ne pas rejeter  l'Union européenne en elle-même, mais une "certaine construction politique" qui "ne laisse pas de place à une souveraineté pleine et entière des peuples". Cette ligne est-elle toujours d'actualité pour les élections européennes ? La tête de liste, Manon Aubry, n'en a pas encore fait mention.

A travers la mise en place d'une alliance à l'échelle européenne (Podemos, le Bloco au Portugal et diverses formations de gauche au Danemark, en Finlande et en Suède), le parti souhaite renégocier les traités sur un certain nombre de sujets : évasion fiscale, smic européen ou encore "protectionnisme solidaire". A l'occasion de l'Université d'été de LFI à Marseille le 25 août, Jean-Luc Mélenchon a enfin déclaré vouloir faire des élections européennes un "référendum anti-Macron".

Comme au sein des gauches radicales européennes, des dissensions idéologiques sur la question migratoire ont cristallisé des frictions en interne. La députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain a ainsi subi les reproches de ses collègues de l'Assemblée nationale pour avoir signé un manifeste pour l'accueil des migrants aux côtés de diverses personnalités. Jean-Luc Mélenchon préfère lui mettre en avant que "l'exil est une souffrance" et qu'il faut donc "traiter les causes de l'immigration" - tout en conservant "un devoir d'humanité" comme l'explique Manuel Bompard, coordinateur de LFI. "Si nous adoptons la même ligne que les formations d'extrême gauche sur l'immigration, dans le contexte actuel, nous sommes morts politiquement", a par ailleurs conclu un cadre du mouvement cité par Le Figaro.

Après l'annonce du retrait de la co-responsable du programme LFI Charlotte Girard, initialement pressentie pour mener la liste, la France insoumise a finalement présenté sa liste lors d'une convention à Bordeaux, samedi 8 décembre. Pour la mener, l'ancienne porte-parole de l'ONG Oxfam-France Manon Aubry a été choisie par le mouvement. Cette spécialiste des questions d'évasion fiscale et d'inégalités, âgée de 29 ans, souhaite "répondre aux urgences de l'injustice fiscale [...] et climatique [...] et d'offrir des réponses politiques le plus rapidement possible". Manuel Bompard, coordinateur de la France insoumise, est placé en seconde position, suivi de Leïla Chaibi, militante associative, puis de Younous Omarjee et d'Anne-Sophie Pelletier, syndicaliste. L'actuel député européen Emmanuel Maurel, qui avait quitté le Parti socialiste pour rejoindre la France insoumise début octobre, est placé en sixième position. En position non-éligible (79e), Jean-Luc Mélenchon devrait porter la campagne.


Les "gilets jaunes" pourraient-ils chambouler la campagne ? Une liste estampillée "gilets jaunes" pourrait voir le jour pour les européennes. C'est en tout cas ce que laisse entendre plusieurs déclarations prononcées par le "gilet jaune" de Seine-Maritime Hayk Shahinyan. Selon une étude de l'institut de sondage Ipsos pour le JDD, une telle liste pourrait recueillir 12% des voix. Elle pourrait ainsi faire perdre jusqu'à 3 points à LFI et au RN et renforcer en contrepartie LaREM. Mais s'ils veulent réussir à mener de front la campagne qui devrait débuter dans les prochaines semaines, un mouvement organisés de "gilets jaunes" devra parvenir rapidement à proposer un programme et une liste de 79 candidats. D'autant plus que le mouvement semble particulièrement hétéroclite.

Europe Ecologie-Les Verts : "une Europe écologiste, solidaire et fédérale"

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) recueille 8% des intentions de vote dans le dernier sondage Ifop sur les élections européennes, soit 1 point de plus qu'en octobre. Le parti écologiste compte actuellement 6 eurodéputés, dont José Bové et Eva Joly qui ne se représentent pas. Par ailleurs, les sortants Pascal Durand et Karima Delli auraient été sollicités par LaREM, selon Le Monde.

Le député européen Yannick Jadot (voir photo) sera la tête de liste du parti pour les élections, suite à son élection par les adhérents d'EELV (59% des voix) contre Michèle Rivasi (35%), qui prend donc la seconde place. Damien Carême, maire de Grande-Synthe, une commune du Nord qui accueille de nombreux migrants et réfugiés, a été désigné candidat en troisième position.

Proposant une alternative à l'Europe d'Emmanuel Macron, le parti ouvre les bras à "tous les acteurs et actrices de l'écologie", y compris aux personnalités de la société civile, afin de "refonder une Europe écologiste, solidaire et fédérale". Alors qu'EELV compte mettre en avant le bilan de ses eurodéputés depuis 2014, l'enjeu pour Yannick Jadot sera de convaincre que "l’échelle européenne est la bonne, pas parce que l’Europe est bonne par principe ou par nature, mais parce que c’est l’échelle pertinente pour régler nos problèmes", résume un élu EELV proche du candidat. Et rameuter les écologistes macronistes déçus par les réalisations de la majorité sur l'environnement.

Hors de question pour Yannick Jadot de renouveler l'expérience de la présidentielle en s'associant avec Benoît Hamon ou avec le PS. Ségolène Royal a malgré tout tenté de leur faire une proposition publique de liste commune dont elle prendrait la seconde position, mercredi 19 décembre. Une main tendue immédiatement rejetée par EELV.

Mais le parti, qui obtient habituellement ses meilleurs scores aux élections européennes (16,3% en 2009, 9% en 2014 contre 2,3% à la présidentielle de 2012), cherche aussi à utiliser ce scrutin pour se rassembler, clarifier la ligne, et sortir de la crise dans laquelle il est plongé depuis sa participation aux gouvernements Ayrault et Valls. Du 23 au 25 août, à l'occasion des Journées d'été européennes à Strasbourg, les Verts ont lancé leur campagne en revendiquant notamment une politique migratoire souple.

Debout la France : les "Amoureux de la France"

Le parti recueillerait aussi 8% des intentions de vote, soit un point de plus qu'en octobre. Se positionnant frontalement contre la politique menée par Emmanuel Macron, Nicolas Dupont-Aignan (voir photo) a déclaré, à l'occasion d'un meeting à Paris le 23 septembre, qu'il serait tête de liste pour son parti. "NDA" a également appelé des membres et sympathisants de LR et du RN à le soutenir. Il souhaite ainsi mener une "union" de droite pour "résister à ceux qui veulent nous coloniser". Ouvert à des candidatures issues de l'extrême droite et de la droite, il n'a pas encore dévoilé la liste de DLF.

Le 5 juillet, l'homme politique a déclaré que les programmes de la présidente du Rassemblement national, tout comme celui de Laurent Wauquiez, devaient être clarifiés et précisés, mais qu'il était nécessaire de s'allier afin de constituer une "opposition cohérente". Cependant, Nicolas Dupont-Aignan avait rejeté, dès le mois de juin, la proposition de Marine Le Pen, qu'il avait soutenue au second tour de l'élection présidentielle, visant à constituer une liste commune pour les élections européennes.

Plus précisément, le parti défend une renégociation des traités européens afin que la France puisse notamment "contrôler ses frontières, expulser les clandestins et préserver son mode de vie sans rendre de compte à personne".


Le Parti socialiste : une Europe "progressiste"

De gauche à droite : Ségolène Royal, Julien Dray et Olivier Faure - Crédits : Écologique Solidaire / Flickr | Wikipédia | Profil Facebook officiel


Actuellement crédité de 6% des intentions de vote - un résultat constant par rapport à juin - le Parti socialiste (PS), dont le premier secrétaire Olivier Faure cherche à redéfinir l'identité et les positions après la déroute du parti à la présidentielle de 2017, peine à se trouver une tête de liste. Détenteur de 9 sièges au Parlement européen, le parti est divisé entre différents courants et a du mal à se positionner entre LaREM, LFI et les Verts.

Si les représentants du PS au Parlement européen sont pro-européens, ils ne s'inscrivent pas dans une ligne fédéraliste et ont jusque-là partagé la vision libérale de la construction européenne en votant de nombreuses fois avec la droite conservatrice (PPE) et les libéraux de l'ADLE. La gauche s'entend sur le danger du populisme et les inégalités sociales, mais se divise sur le plan économique entre ceux qui assument le libéralisme et ceux qui le rejettent, ainsi que sur les questions migratoires.

À l'issue d'une réunion du Conseil national du parti le 13 octobre 2018, un texte intitulé "Changeons l'Europe" a été adopté. Il détaille 7 axes de réflexion tels que le besoin de clarifier les stratégies et politiques du Parti socialiste européen (PSE) et de refuser les alliances avec la droite, ou encore de remettre en question le pilotage économique et la gestion migratoire par l'Union. Ces axes reprennent en partie les contributions citoyennes d'élus locaux et certaines positions communes du Parti socialiste européen (PSE).

Concernant le choix de la tête de liste, le premier secrétaire a essuyé des refus de la part de Christiane Taubira, Bernard Cazeneuve et Najat Vallaud-Belkacem. De leur côté, les "éléphants" Christian Eckert (ancien secrétaire d'Etat chargé du Budget) et Pierre Moscovici (actuel commissaire européen) se sont officiellement désistés dans la presse au début du mois d'octobre. "Le PS n’a pas pris la mesure du défi existentiel auquel fait face l’Europe", a ainsi justifié ce dernier, dénonçant un manque de clarification de la position du PS entre les "accents nationalistes" de LFI et les "socialistes ou progressistes" du Parti socialiste européen (PSE). Julien Dray s'est proposé, mais ne semble pas susciter de réel enthousiasme en interne. Même François Hollande aurait été sollicité de manière informelle, mais aurait écarté la proposition.

Alors qu'elle avait initialement écarté l'hypothèse, c'est finalement le nom de Ségolène Royal qui revient.  Mais celle-ci a annoncé qu'elle prendrait une décision finale en janvier et que son choix dépendrait de la possibilité d'un rassemblement à gauche. L'ancienne candidate à la présidentielle a ainsi proposé à EELV, lors d'une réunion des forces de gauches organisée par Place publique (à laquelle les Verts ne participaient pas), de former une liste commune dont elle serait numéro 2 derrière Yannick Jadot. Ce dernier a rapidement fait savoir qu'il ne donnera pas suite.

Olivier Faure a quoi qu'il en soit repoussé la date de désignation, initialement prévue en octobre, en rappelant que la priorité était de définir le "fond" de la ligne à adopter. Le 15 décembre, lors du conseil national, Olivier Faure s'est positionné pour un rassemblement à gauche tout en reconnaissant que cela semble "difficile, peut-être même impossible à ce stade" : Benoît Hamon, qui a quitté le parti en 2017, et Yannick Jadot ont déjà refusé cette perspective. Le Premier secrétaire du PCF, Fabien Roussel a de son côté rappelé : "on a déjà essayé plein de fois, ça n'a pas marché".


Génération-s. : une "force écologique, démocratique et sociale"

Crédité de 3,5% des intentions de vote dans le sondage mené par Ifop, le mouvement créé par Benoît Hamon (voir photo) compte actuellement trois eurodéputés au Parlement (Guillaume Balas et Isabelle Thomas, qui ont quitté le PS en novembre 2017 ainsi que l'ancien syndicaliste Edouard Martin). Génération-s a rejoint le mouvement "Diem 25" lancé par l'ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis. Ce dernier a rencontré Benoît Hamon au mois de septembre et était présent lors de son meeting "citoyen et européen" du 6 décembre.

Le parti propose notamment la création d'un "green new deal", un programme d'investissement de l'Europe dans la reconversion écologique. Il souhaite "concrétiser la naissance d'une nouvelle force écologique, démocratique et sociale".

Le 6 décembre, à l'occasion d'une interview au journal Le Monde, Benoît Hamon a déclaré qu'il serait candidat "à la tête d'une alliance citoyenne". En effet, si EELV a déjà déclaré qu'il présenterait une liste indépendante, Génération.s appelle de son côté au rassemblement depuis plusieurs mois "avec tous ceux qui partagent le même sentiment d'urgence de ne laisser l'Europe ni aux libéraux ni aux nationalistes".

Le 29 octobre, Génération.s a lancé un appel à candidatures citoyennes qui a pour ambition de rassembler "au-delà des vieux appareils partisans" et de construire une liste "humaniste et écologiste qui changera l’Europe", composée d'acteurs de la société civile. Se revendiquant "le plus populaire à gauche", Benoît Hamon aussi souhaite rassembler l'espace entre LaREM et LFI autour de lui. Des discussions avec le PCF, le Parti socialiste (qui a de son côté ouvert la porte à une alliance avec les Verts) ou encore Place publique, le mouvement lancé par l'essayiste Raphaël Glucksmann, sont en cours.


L'Union des démocrates indépendants (UDI) : une "Europe puissance"

L'UDI est créditée de 3% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop. Le parti, réuni le 14 décembre en congrès extraordinaire, a confirmé qu'il présentera sa propre liste qui sera menée par son président, Jean-Christophe Lagarde.

Ses membres défendent une "véritable Europe politique" et une "refonte des traités pour donner à la zone euro les moyens d’une politique économique créatrice d’emplois".

En menant sa propre liste, l'UDI affiche son indépendance par rapport à la liste de la majorité présidentielle, à l'égard de laquelle M. Lagarde dit ressentir une "profonde déception", et ne se reconnaît pas non plus dans la droite de Laurent Wauquiez.

L'UDI envisageait initialement de s'allier avec Agir, la droite constructive, parti politique issu des Républicains et avec lequel elle forme déjà le groupe des Constructifs à l'Assemblée nationale. La nomination de l'ex-président d'Agir Franck Riester au ministère de la Culture, qui se rapproche ainsi de la majorité, a contribué à remettre en question cette perspective. D'autant plus que l'UDI n'a de son côté pas été appelée à prendre part au gouvernement lors du dernier remaniement.

Parti communiste français : accueillir les réfugiés
 

Le PCF recueillerait pour l'instant 2,5% des voix. Il compte deux eurodéputés sortants : Patrick Le Hyaric et Marie-Pierre Vieu. Son "chef de file" pour mener la campagne sera Ian Brossat (voir photo), actuellement adjoint à la mairie de Paris. Pour l'instant dans l'incertitude sur ses potentielles alliances, le parti n'a toutefois désigné aucune tête de liste.

S'il ne souhaite effectivement pas que la gauche parte en campagne de manière dispersée, Ian Brossat est hostile à un rapprochement avec La France insoumise. De nombreux députés et élus communistes estiment d'ailleurs qu'il est nécessaire de parvenir à un rassemblement plus large, afin de ne pas risquer une hégémonie de LFI. Selon Marie-George Buffet, députée communiste de Seine-Saint-Denis, "nous ne sommes pas encore à construire une liste uniquement communiste. […] J'espère qu'on peut se rassembler avec d'autres et faire une liste beaucoup plus large".

Les prochaines semaines devraient permettre au parti de proposer des alliances alors que le parti cherche à redéfinir son identité. Le PCF a tout de même lancé sa campagne à l'occasion de la fête de l'Humanité car le flou demeure sur les potentielles alliances qu'il pourrait nouer. Des discussions, notamment avec Génération.s, sont en cours. Cependant, lors le nouveau Premier secrétaire du PCF Fabien Roussel a publiquement énoncé ses conditions le 17 décembre : une alliance avec Génération.s impliquerait que Ian Brossat soit à la tête de la liste.

Réunis pour l'université d'été du parti à Angers à la fin du mois d'août, l'ex-secrétaire général et actuel numéro 2 Pierre Laurent a déclaré vouloir "combattre les orientations libérales de l'Union européenne et […] la politique d'Emmanuel Macron". Différentes priorités ont été fixées, telles que l'écologie, l'évasion fiscale, le rôle de la Banque centrale européenne… Le PCF entend de plus placer la question de l'accueil des réfugiés au cœur de la campagne européenne de 2019. Cependant, des divergences sont présentes, notamment sur la question de la rupture avec les traités.


Résistons ! : défendre la "ruralité" et "l'Europe des nations"

L'ancien candidat à l'élection présidentielle de 2017 et député, Jean Lassalle (ex-Modem) va également prendre la tête de la liste de son mouvement Résistons ! pour le scrutin européen. Il est pour l'instant crédité de 2,5% des intentions de vote selon le dernier sondage Ifop. Dès le mois de mai, celui-ci a affirmé vouloir ainsi défendre la "ruralité" en proposant que la France réduise de 5 milliards sa contribution au budget européen pour relancer son agriculture, notamment. Il se positionne également en faveur d'une "Europe des nations", se revendiquant "d'abord français, ensuite européen".

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) : la fin des frontières

Le NPA est crédité d'1,5% des intentions de vote, selon le dernier sondage Ifop. Le parti défend une Europe internationaliste et anticapitaliste, avec une liberté totale de circulation et d'installation des individus. En 2017, lors de la campagne présidentielle, le candidat et actuel porte-parole du parti, Philippe Poutou, avait défendu une Europe des travailleurs et des peuples avec un alignement des droits sociaux "par le haut" et la sortie des traités actuels. Car l'Union européenne et ses institutions "sert de machine de guerre des classes dominantes des différents pays contre les classes populaires, pour mettre en concurrence les travailleur.e.s et tirer les droits vers le bas, pour imposer l’austérité", explique le comité exécutif du NPA sur son site.

Plusieurs rencontres entre le NPA et Lutte ouvrière ont eu lieu afin de monter une liste commune "pour faire entendre une voix anticapitaliste et internationaliste des révolutionnaires". Cependant, le 8 novembre, LO a indiqué son refus de s'allier avec le NPA. Ces-derniers débutent donc l'organisation de leur propre campagne.
Les Patriotes :  : le Frexit

Le parti des Patriotes, jeune formation créée en septembre 2017 par le dissident du Front national Florian Philippot (voir photo) est aujourd'hui toujours crédité de 1% des intentions de vote mais vise les 5% nécessaires pour obtenir un siège. Il sera représenté par son fondateur aux élections européennes.

Le 2 septembre 2018, à l'occasion de la rentrée de son parti à Forbach (Moselle), la tête de la liste des Patriotes a en effet rappelé son engagement ferme en faveur d'une sortie de l'UE et de l'euro, qui contraint la France à une politique migratoire selon lui trop laxiste. Il souhaite faire de ces élections "un référendum sur l'Union européenne, comme sur la personne d'Emmanuel Macron".

M. Philippot a également publié, le 19 septembre, son livre-programme intitulé Frexit. UE : en sortir pour s'en sortir, qui reflète la thématique phare de son parti. La volonté de sortir la France de l'UE coûte que coûte est un thème de campagne qu'il ne partage plus qu'avec François Asselineau, président de l'Union populaire républicaine. Ce dernier a par ailleurs refusé de faire alliance avec les Patriotes, qualifiant Florian Philippot d'"escroc" qui lui a "volé toutes ses idées". Des alliances avec Marine Le Pen, avec qui Florian Philippot est en mauvais termes, ou avec Nicolas Dupont-Aignan sont également exclues.

Après plusieurs autres tentatives pour constituer une liste transpartisane - les propositions à Henri Guaino (ancien député LR) et à Jean Lassalle (député français, non inscrit) n'ont pas donné suites - Florian Philippot conduira la liste de son parti aux Européennes. L'actuelle eurodéputée Mireille d'Ornano sera en seconde position sur la liste et la campagne débutera en janvier.

Inexistant lors des précédentes législatives, le parti ne bénéficie pas de subventions publiques (distribuées en fonction des résultats obtenus) et a lancé un appel aux dons pour financer sa campagne.

L'Union populaire républicaine : "sortir de l'UE, de l'OTAN et de l'euro"

Le parti de François Asselineau (voir photo), l'Union populaire républicaine (UPR), plaidait dans son programme de 2017 pour une sortie de l'UE, de l'OTAN et de l'euro. Selon l'UPR, l'UE "une utopie funeste qui conduit nécessairement la France et les pays d’Europe vers une structure politiquement dictatoriale, économiquement inefficace […]".

François Asselineau considère qu'avec "la liste du Frexit", l'UPR est le seul parti qui propose une véritable sortie de l'UE mais Les Patriotes de Florian Philippot partagent également cette thématique.

L'UPR est actuellement créditée de 0,5% des intentions de vote. Fin octobre, François Asselineau a annoncé qu'il mènerait la liste pour la campagne des européennes, devant un millier de sympathisants.

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